Passons,avant d'entrer dans le monde de la débauche,j'ai eu l'immense honneur de revoir Fedex à l'oeuvre.N'accélérons pas trop le cours des choses.D'abord,j'ai vu un Del Potro épuisé se faire laminer par un Nalbandian pas si brillant que ça.Ensuite,j'ai vu Soderling se faire huer par le public (quoi de plus normal?) et finalement l'emporter face à un Simon qui a tenu grâce à l'adrénaline mais un peu à court ce soir.J'ai vu des bribes du match franco-français entre Tsonga et Benneteau.Nous aurions tous adoré une finale Simon-Tsonga mais reconnaissons la régularité toute nouvelle de Soderling et l'envie,l'agressivité,la hargne de Benneteau qui a tant galéré ces derniers mois.Allez Julien!!
Ce qui nous stimule,nadaliens ou federiens,c'est l'état de forme de nos champions,alors,revenons à ce qui importe au-delà de tout,ce qui écrit l'histoire et qui fera que quand on sera vieux,on saoulera nos petits enfants avec l'époque bénite qu'on aura vécue avec Roger,Rafa,Andy et Nole.
Donc,la demi-finale Federer-Lopez.
Ca commence doucement avec ce petit truc marrant qui fait que chaque fois que Roger place un ace,le public opine avec ce petit ristus qu'ont les gens qui ont compris une blague alors que les autres peinent à la capter.
Très vite,on s'aperçoit que Lopez va devoir arrêter de jouer constamment à "je volleye,tu volleyes,il volleye,nous volleyons,vous volleyez,ils volleyent" parce que, si au départ le Suisse n'est pas bien réglé,très vite,il commence gentillement à le trouer.Cependant,les jeux de service de Roger ne sont pas de tout repos.Il ne passe que 37% de première balle.Mais ce qui complique la tâche de l'Espagnol,c'est que derrière chaque première balle passée,Roger est à 100% de réussite.Bref,dans l'ensemble,Lopez commet trop de fautes et se fait breaker permettant à Roger de mener 4-2.Premier set plié: 6-3.
Dans la deuxième manche,Roger breake d'entrée et commence un festival d'aces.Lopez est gavé par les services gagnants du Suisse et ça se voit.On croit même qu'il va pleurer à un moment mais finalement,il rit (la faute aux champi sans doute).Cependant,ce deuxième set est plus consistant.On a de beaux échanges,de très belles volées,un jeu tout en toucher et en subtilité.C'est quasi imperceptible,mais Federer joue sur un nuage.Il varie tout,remet tout,réussit presque tout.Quand il perd un point,c'est parce que Lopez a eu un éclair de génie.
Je ne dirai pas que c'est du Fedex.Là,c'est autre chose.Il y a comme un supplément d'âme,ce supplément que les federiens de la première heure soupçonnaient sans pouvoir lui donner un nom.Ce petit quelque chose qui émane d'un vase ébréché,qu'on pensait indestructible mais qui peu à peu s'est fêlé mais ne s'écroule pas.Quand il sait que de l'eau va lui être confiée,il résiste et ne croule pas sous son poids.Il sait pertinemment que sa prime jeunesse s'en est allée,mais il est tellement radieux,sa présence est tellement évidente,qu'il ne peut ni ne doit plier.6-3 6-2 Federer.
Ce soir je n'ai peut-être pas été drôle mais (hormis Deblicker) il n'y avait rien qui s'y prêtait.Subrepticement,Roger nous a servi un plat de fin gourmet.Une de ces douceurs qu'on dégustait sans nous en rendre compte et qui a pris de la valeur cette année.Souffrir avec lui,espérer encore et encore avec lui,soupirer avec lui,craindre avec lui et enfin réssuciter avec lui...que pouvions-nous faire d'autre?
Demain,ou plutôt cette après-midi,Roger affronte Nalbandian.Toutes mes pensées les plus profondes,les plus sincères vont vers lui et quand bien même il perdrait,quand bien même il perdrait toujours,ce voile fluet et si léger qu'il laisse derrière lui lors de ses moments de grâce suffiront toujours à me contenter.
Crédit photo:
www.smh.cm.au
Cette image a été choisie pour l'émotion que cet homme a pu transmettre lors de sa victoire à l'Open d'Australie 2006.